Quatorzaine et Lazaret Se pourrir la vie pour ne pas la perdre, se terrer de…

Quatorzaine et Lazaret

Se pourrir la vie pour ne pas la perdre, se terrer de peur de crever, telle pourrait être la définition du mot « confinement ». 

Je me réjouissais à l’idée de pouvoir retourner me baigner, prendre mon « bain démarré » lors du déconfinement prévu le 11 mai, mais me voici toute désappointée car les autorités ont choisi l’hôtel Batelière comme lieu de mise en quarantaine des passagers débarquant en Martinique ; or la mignonne petite plage de la Batelière est ma plage de prédilection, à 5 minutes de la maison. Je me sens vraiment persécutée. Cette sage mesure de précaution – la quatorzaine Covid-19 – prend la forme d’une brimade, pour moi, une de plus, depuis l’attaque de cette saleté de coronavirus.

Bien sûr l’hôtel ne deviendra ni une léproserie ni une maladrerie ni un lazaret ni même un hôpital ni un service de soins intensifs ni un centre de réanimation, mais ça gâche quand même l’ambiance.

Aux Trois-Ilets, la marina est installée au Sud de la Pointe du Bout, dans l’anse de l’ancien lazaret, dont le quartier porte encore le nom.

On se croyait loin de ces fléaux bibliques, à cent lieues des moyenâgeuses maladeries – mot dérivé de « malade » devenu « maladrerie » avec un r épenthétique ajouté par influence de « ladre », lui-même venu de Lazare. L’étymologie de « ladre » remonte au XIIe siècle : lazre, « lépreux », du latin Lazarus (« Lazare »), en référence à la parabole sur la charité de l’Évangile selon Luc, XVI, 19-27, où Lazare est le nom du pauvre rongé d’ulcères ou autres écrouelles –affections assimilées plus tard à la lèpre – gisant à la porte du mauvais riche. Son nom est d’ailleurs à l’origine du mot « lazaret », et la légende de ce personnage était si connue au Moyen Âge que ce ladre fut nommé patron des lépreux. Et voilà qu’un microscopique virus nous empoisonne l’existence, au mépris de toute la sophistication de notre technologie, et les progrès de la science ne sont pas assez prompts pour nous délivrer des ravages causés par une microscopique particule infectieuse incapable de « survivre » plus de quelques heures à l’air libre et qui ne peut se répliquer qu’en pénétrant dans une cellule et en utilisant sa machinerie cellulaire. 

Nullement lépreux mais considérés comme des pestiférés, étiquetés « indésirables » mais porteurs d’aucun virus si ce n’est la rage d’écrire, d’étudier et de créer, en 1941 un groupe de personnalités effectue la traversée de Marseille à Fort-de-France, fuyant la France vichyste. À leur arrivée en Martinique, ils sont parqués dans une ancienne léproserie, le Lazaret des Trois-Îlets. C’est l’exil américain de milliers d’Européens fuyant la Seconde Guerre mondiale, notamment à bord du Capitaine-Paul-Lemerle, bateau célèbre pour avoir réuni à son bord une pléiade de  personnalités, qui arrivèrent le 20 avril 1941 à Fort-de-France, telles que Claude Lévi-Strauss (qui va donner une version à la fois amusante et cruelle des événements dans Tristes tropiques), André Breton, accompagné de sa femme, Jacqueline, et de sa fille Aube, le peintre Wifredo Lam et Helena Holzer (ils se marieront en 1944), Anna Seghers, qui publiera le roman Transit, centré sur l’angoisse des candidats à l’exil, la photographe Germaine Krull, les cinéastes Jacques Rémy et Curt Courant…

C’est à la faveur de cette fuite qu’André Breton tomba par hasard, à l’occasion d’une échappée à Fort-de-France, dans une mercerie où il cherchait un ruban pour sa fille, sur le Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire, alors inconnu, et que le pape du surréalisme fit la connaissance du chantre de la négritude, qu’il salua, dans Martinique charmeuse de serpents, comme un « grand poète noir », mais ça c’est une autre histoire. (Tout au plus me bornerai-je à souligner au passage que ce qui est navrant c’est qu’André Breton ait été tellement obsédé par le préjugé de couleur qu’il a même ajouté : « Et c’est un Noir qui manie la langue française comme il n’est pas aujourd’hui un Blanc pour la manier ». Un Noir ? Je dirais même plus : un nègre. Et “le nègre t’emmerde”, dixit Césaire en personne ».)

Dans « Camps de concentration à la Martinique », Germaine Krull – qui n’aime pas la mer autant que moi –, la présente même comme hostile, avec ses « minuscules petites bêtes qui brûlent et des poissons qui piquent et des oursins avec des pointes qui rentrent dans les pieds »… et se répand en violentes récriminations contre les conditions dans lesquelles sont contraints à vivre les passagers en transit au Lazaret des Trois-Îlets, cloîtrés dans « des baraques » sans eau courante ni électricité (il faut dire qu’en 1941 la Martinique n’en disposait guère, surtout à la campagne), « sous le joug de la Gestapo, mais en plus comme blancs gardés par des nègres ». Quant à Fort-de-France, « ville tant espérée », elle ne la voit que comme un « petit village nègre, avec une grande place sur laquelle une affreuse statue de Joséphine de Beauharnais » fait indument, selon elle, l’orgueil de toute la population. 

Toutefois gageons que la photographe allemande finit par se laisser apprivoiser par la mer Caraïbe et charmer par cette « version absurdement ratée du paradis » que décrit Césaire, puisque finalement, dans son autobiographie intitulée La vie mène la danse, elle se résout à écrire : « Nous avons fini par organiser assez bien notre quotidien. Le fils de Serge et moi faisions la cuisine à tour de rôle. Les pêcheurs nous apportaient du poisson frais et aussi, de temps en temps, des légumes et de la volaille. Tout était si bon marché que nous arrivions, même avec nos restrictions, à faire de bons repas. Nous pouvions aussi sortir du camp à la nage et aller au petit bistro d’à côté, où on faisait la fête. L’eau était si extraordinairement claire et des poissons de toutes sortes y nageaient. »

J’ai hâte de retourner y nager, moi aussi, dans cette eau « si extraordinairement claire » de  Batelière. 

Ibidem, impatiemment, 40e jour de confinement, samedi 25 avril 2020

Un seul virus vous hante et tout est dépeuplé

L’amende est salée (135 € pour être sorti sans la très officielle « attestation de déplacement dérogatoire » en bonne et due forme, voire davantage en cas de récidives), mais il y eut pire : en 1720, en cas de manquement « dans un temps de contagion » en l’occurrence la grande épidémie de peste dite « peste de Marseille », période qui montre l’importance qu’est en train de prendre la surveillance de l’État sur les individus, « où la communication était défendue », pour avoir circulé d’une région du royaume de France à l’autre, par exemple avoir été « du Languedoc en Rouergue » « contre les défenses (sic) qui ont été faits (sic) d’y passer », on vous fusillait sur ordre du roi ! Mais en France il n’y a plus de roi, on est en République, entretemps il y a eu la Révolution de 1789 et mainte et mainte révolution. 

Le 27 avril 1848 l’Abolition de l’esclavage fut décrétée par le Gouvernement provisoire de la Deuxième République, qui comptait en ses rangs un grand poète, Lamartine, auteur de la pièce de théâtre Toussaint Louverture en 1850. En ce temps de confinement où le covid vide les villes, la tentation est grande de paraphraser ou parodier l’auteur du « Lac » avec cet alexandrin : 

Un seul virus vous hante et tout est dépeuplé.

La Deuxième République fut brève mais essentielle : elle se distingue des autres régimes politiques de l’histoire de France, primo parce que c’est le dernier régime à avoir été instauré à la suite d’une révolution ; secundo, c’est aussi le régime qui institue pour la première fois le suffrage universel en France – masculin, seulement, pour commencer ; pour le vote des femmes il faudra attendre presque un siècle, jusqu’en 1946 –, et, tertio, après la première abolition de 1794, avortée à cause de Bonaparte, qui était le fait de la première République, c’est la Deuxième République qui abolit définitivement l’esclavage dans les colonies françaises. Les principes de 1789, comme la liberté individuelle, la liberté de réunion et la liberté de la presse sont mis en application : le 27 avril, un décret annoncé dès le début du régime met définitivement fin à l’esclavage, « considérant que nulle terre française ne peut plus porter d’esclaves ».

Nous sommes à la veille du 27 avril, ô coïncidence ! Mais il n’y a pas de coïncidences, il n’y a que des correspondances, baudelairiennes, comme je l’ai écrit dans Rue Monte au ciel.

Ça y est, finie, la quarantaine, jour pour jour, en ce 41e jour de confinement !

Mais hélas, pas de déconfinement pour le moment, pas avant le 11 mai…
Encore et encore coïncidences / correspondances : la fin de l’esclavage du confinement est prévue le lendemain du 10 mai, journée commémorative du souvenir de l’esclavage et de son abolition, ô symboles !

Ibidem, révolutionnairement, 41e jour de confinement, dimanche 26 avril 2020

MENS SANA IN CORPORE SANO

Lors du déconfinement, le 11 mai, chance, autorisation de sortir de chez soi sans attestation de déplacement dérogatoire jusqu’à 100 km de son domicile ! Mais dans une île comme ma chère petite Martinique natale qui fait à peine plus de soixante km de long dans sa plus grande longueur, la belle affaire, 100 km, c’est dans l’eau, ça tombe dans la mer ! Et c’est à l’eau pour les bains de mer, puisque les plages sont interdites au moins jusqu’au 2 juin ! Ça nous fait une belle jambe, mais pour se dégourdir les jambes, il va falloir trouver autre chose que la nage.

Nous avions pourtant réussi à l’apprivoiser dans nos mémoires, cette « mer à goût d’ancêtres » qu’évoque Césaire. Au lendemain même de l’anniversaire du décret d’Abolition de l’esclavage du 27 avril 1848, le discours centralisateur du Premier ministre prend de sinistres résonances, impérieuses, oublieuses des différences des Outre-mer dans la stratégie de déconfinement.

À 7000 km de l’hexagone, plus que jamais j’exècre ce mot « métropole » dégoulinant d’outrecuidance, dégouttant – et, partant, dégoûtant – de condescendance, si l’on se souvient de son étymologie (dans « métropole », il y a polis, la Cité, et mêtêr, la mère ; c’est bien mignon, ce côté maternel, mais quand même ça infantilise les non-métropolitains, les colonisés, ex-colonisés ou décolonisés ; on peut aussi y voir une autre étymologie, métron, la mesure, la référence, la même racine que dans « mètre », avec l’idée de mètre étalon, de modèle, ce qui est à imiter. Tout le reste n’est que de l’à peu près. La cité de référence ! La référence devant laquelle il n’y aurait qu’à s’incliner. Mais la référence à quoi ?

 « Nulle terre française ne peut plus porter d’esclaves », dixit le Gouvernement provisoire de la Deuxième République, qui comptait en ses rangs le poète Lamartine ; la tentation est grande de paraphraser ou parodier l’auteur du « Lac » avec cet alexandrin :

Un seul virus vous hante et tout est dépeuplé, 

y compris les plages que nous avions réussi à reconquérir dans nos corps, dans nos mémoires et dans nos cœurs, à ne plus voir seulement comme les lieux de débarquement de nos ancêtres esclaves déportés d’Afrique mais comme des lieux de divertissement au sens fort, au sens pascalien du terme, pour nous détourner de l’horreur du gigantesque traumatisme, lieux de bains « démarrés » symboles de marronnage, lieux ouverts à l’air libre permettant d’échapper à la privation de liberté. Cette interdiction liberticide nous rappelle cruellement à quel point nous sommes dépendants d’un pouvoir dont la tête est à 7000 km, sur l’autre bord de l’océan, là-bas en Europe, une Europe qui n’a su faire aucune union sanitaire comme elle fit l’union monétaire, qui parle peu ou prou de guerre en une pathétique cacophonie au sommet et qui monte, désunie, démunie, à l’assaut de ce satané coronavirus, inéquitablement équipée, iniquement dépourvue de masques, de tests, de lits de réanimation, de respirateurs… 

Si les chercheurs n’étaient pas condamnés à perdre quasiment plus de temps à chercher de l’argent pour financer leurs recherches qu’à les effectuer, ils auraient peut-être déjà trouvé la panacée, l’incontestable remède miracle pour guérir du Covid-19 et le vaccin pour s’en prémunir.

De cette lointaine Europe me parviennent jusqu’en Martinique – vive la moderne technologie qui réduit l’espace et se joue du temps – des photos de mes petits-neveux allemands, petits-enfants de ma sœur Micheline, médecin virologiste en Allemagne, mariée à un professeur de français. Dans cette mascarade cauchemardesque, ces mignons bambins masqués apportent une petite note insouciante, une lueur gaie au bout de ce tunnel dont on ne voit pas la fin. Eux, ils trouvent ça rigolo, de mettre leurs masques aux couleurs vives. Ça réconforte, dans cette atmosphère mortifère, ça console un peu de ne pouvoir aller en toute sérénité prendre un bain de mer.

Si l’on nous avait écoutés, plus tôt, plus vite, pour endiguer la propagation du virus dans nos îles…

Où est la logique dans tout cela ? À partir du 11 mai, faisant fi des recommandations de l’Académie de médecine, qui préconisait un retour à l’école en septembre, le gouvernement a décidé que les enfants pourraient aller s’enfermer dans une salle de classe en espace confiné où peuvent proliférer les virus, mettant en danger de mort eux-mêmes et les enseignants – qui pourraient bien exercer leur droit de retrait –, mais ils devraient patienter jusqu’au 2 juin pour pouvoir aller à la plage, c’est-à-dire faire de la natation, l’un des exercices physiques les plus sains qui soient, apte à combler l’idéal mens sana in corpore sano, un esprit sain dans un corps sain, se baigner dans la mer, l’un des seuls sports gratuits, l’un des plus ludiques, en plein air, à la portée de tous, a fortiori dans une île ! 

Il ne faudrait pas nous infantiliser et nous croire moins capables de respecter sagement les mesures de distanciation dans les espaces ouverts des plages que dans les huis clos des salles de classe !

C’est « sur la base du volontariat » que s’amorce la réouverture des écoles… Pourquoi ne pas tolérer le « volontariat » de personnes sensées, censées veiller au bien-être de tout un chacun, en permettant l’accès aux plages dans le respect des mesures sanitaires ?

Merci de prendre en considération les spécificités des Outre-mer !

Plages interdites jusqu’au 2 juin aux Antilles ?! Il faudrait une dérogation pour nos îles ! Et tenir compte de la différence entre les plages surpeuplées de l’hexagone et les nôtres, où l’on peut sans peine respecter une distanciation, en évitant de rester des heures agglutinés à lézarder collé serré en groupes compacts !

Nager dans la mer ou se promener dans la nature n’a vraisemblablement aucune incidence sur la circulation du coronavirus. En revanche, de nombreuses études démontrent l’effet bénéfique du contact avec la nature et de l’activité physique sur la santé, y compris la santé mentale et psychique.

Suzanne Dracius

Ibidem, c’est-à-dire au même endroit, forcément, en marronnage immobile à grands pas, 

44e jour de confinement, mercredi 29 avril 2020

Avions et hélicoptères

Sur une plage de Martinique, deux malheureux baigneurs très « physiquement distanciés » de plus d’un mètre se font chasser de la mer manu militari par des pandores en hélicoptère, obligés de regagner à toute vitesse une maison « les pieds dans l’eau ».

Sur ces entrefaites, un vol Air France avec à son bord 472 passagers a décollé hier soir de Guadeloupe direction Paris. Aucun contrôle d’attestation n’a été effectué à l’aéroport de Pointe-à-Pitre sur les motifs de déplacement de ces passagers. Durant ce vol transatlantique de plus de huit heures, aucune mesure de « distanciation » n’a été prise, le personnel de bord a des masques mais n’en propose pas aux passagers, pas plus que du gel hydroalcoolique. À l’arrivée à Paris, il n’y aura pas non plus de contrôle des attestations.

Pour toute défense, le directeur régional d’Air France-KLM Caraïbes assure que « l’air, dans les avions, est recyclé toutes les trois minutes » et tient à préciser que « les avions d’Air France sont équipés de filtres à particules similaires à ceux utilisés dans les blocs chirurgicaux ».

« C’était un vol commercial, ce n’était pas un vol de rapatriement », précise l’une des passagères, interrogée par France TV Info.

Cherchez l’erreur ! Entassés en avion, pourchassés par des hélicoptères qui vous font sortir de la mer parce que les plages sont interdites !

D’un côté du fric gaspillé en heures de vol d’hélicoptères, de l’autre, pour ne pas perdre un centime, des passagers collés serrés en avion au péril de leur vie sans aucun contrôle.

De qui se moque-t-on ? Qu’est-ce qu’ils n’ont pas compris dans le mode de transmission de ce coronavirus ? Ont-ils peur qu’un nageur isolé ne contamine les poissons ? Quelle protection invisible et magique garantit qu’il n’y aura aucune contamination entre les 472 passagers non testés ni distanciés ni masqués ni rien ? (On n’a même pas pris leur température, ni au départ ni à l’arrivée, comme cela se fait au débarquement en Martinique.) 

Et ce ne sont pas les explications arrogantes du directeur Claude Sarre qui va nous rassurer ! Selon lui, « la France applique une distanciation physique quand le remplissage de l’avion est inférieur à 70%. En cas de vol plein, les équipages ont la consigne de distribuer des masques aux passagers qui n’en disposent pas ». Ce ne fut guère fait, apparemment.

Quand prime l’argent on se soucie peu de la vie des gens !

Les forces de l’ordre qui dépensent tant d’argent à chasser les baigneurs isolés de la mer et des sentiers forestiers à pied, à cheval, en hélicoptère ou par drone devraient déployer autant d’énergie à faire respecter la distanciation et, par la même occasion, la propreté du littoral et de l’environnement en général par la population de Martinique, laquelle, à son tour, mérite le respect. Gageons qu’elle doit savoir ne pas se montrer irresponsable ! Il faudra de la pédagogie, mais puisqu’on rouvre les écoles, cela vaudra pour petits et grands, apprendre la préservation de l’environnement, approfondir l’apprentissage de la sauvegarde de la nature. 

Face à ces contradictions, marronnons, cohérents, hors des incohérences et des aberrations !

Ibidem, c’est-à-dire au même endroit, forcément, en marronnage immobile à grands pas, 

45e jour de confinement, jeudi 30 avril 2020

Ultracrépidarianisme

Je me garderais bien de pécher par ultracrépidarianisme, mais il semble établi que, naturellement riche en iode, en oxygène, en ozone, en brome, en sodium et dépourvu d’allergènes, l’air marin se caractérise par une absence quasi totale de poussières, de germes pathogènes et d’allergènes, et qu’il stimule toutes les fonctions de l’organisme et ce, sous toutes les latitudes. 

Lors d’un séjour au bord de mer, le rythme cardiaque se ralentit, l’amplitude respiratoire augmente, le métabolisme de base croît et les échanges cellulaires s’intensifient. Ces bienfaits prodigués à l’organisme viennent du climat qui, en bord de mer, jouit d’une grande stabilité thermique due au rôle régulateur de cette immense réserve d’eau que constituent les mers et, a fortiori, les océans, la chaleur accumulée le jour étant rejetée la nuit dans l’atmosphère. Vents et courants marins participent également à cette régulation thermique permanente. 

L’humidité est toujours très élevée en raison de cette eau des mers et des océans qui s’évapore en permanence. Si le degré hygrométrique reste à peu près uniforme et stable, l’évaporation qui charge l’air du littoral de molécules d’eau varie avec la température. 

Chargées en iode, ces gouttelettes microscopiques que l’on appelle « embruns » sont de véritables aérosols marins aux effets régulateurs sur la glande thyroïde. Quant à l’ozone (nom masculin, du grec odzein, « exhaler une odeur ») qu’ils contiennent, il contribue à augmenter la pureté de l’air du littoral. (Ce maudit covid-19 n’est-il pas propagé par postillons et exhalaisons ?…)

Au niveau de la mer, la pression barométrique est stable et élevée. Il en résulte une véritable condensation de l’air et une forte charge en oxygène aux effets bénéfiques sur l’organisme. 

Cette pression agit à la fois au niveau cardiaque (rythme ralenti) et au niveau pulmonaire, en augmentant l’amplitude respiratoire. (Ce satané coronavirus n’entraîne-t-il pas une détresse respiratoire ?…) 

L’air respiré en bord de mer est enrichi de petites particules de sel contenues dans des gouttelettes qui s’évaporent rapidement dans l’atmosphère. Lorsqu’un vent fort souffle de la mer, les embruns sont projetés à l’intérieur des terres, véhiculant les substances arrachées à l’écume des vagues. C’est la raison pour laquelle le terme d’aérosols marins est fréquemment employé. 

Une évidence enfin, la luminosité est plus intense au bord de mer que partout ailleurs.

Cette caractéristique du climat marin est due à la pureté de l’air qui favorise le rayonnement direct et à la réflexion de cette lumière par les vastes miroirs que représentent la mer, l’océan et le sable des plages. 

Le rayonnement qui vient du soleil produit des effets bénéfiques incontestables chez l’homme, à commencer par la fabrication de la vitamine D, dont la carence provoque le rachitisme, et dont le moindre béotien n’est pas sans savoir qu’elle est réputée pour renforcer la vitalité, augmenter la force du système immunitaire, renforcer les os, les dents, les cheveux, les ongles, la peau, participer à réparer l’ADN, combattre la dépression, la fatigue chronique etc. La luminothérapie est aussi une réponse au moral en berne, à la dépression saisonnière… Son effet ne peut qu’être bénéfique en ces temps anxiogènes de confinement lié à une pandémie inédite.

Sans compter que l’on pourrait s’amuser à tabler sur le pouvoir désinfectant de l’eau de mer, si l’on pense à la Bétadine, antiseptique à base d’iode…

De là à dire que les bains de mer seraient tout indiqués pour les déconfinés déprimés au sortir de deux mois de privations, de frustrations, d’interdictions de toutes sortes…

Alors, en l’occurrence, va pour une petite pointe d’ultracrepidarianisme – ou ultracrépidarianisme si l’on tient à franciser le terme –, à savoir le comportement qui consiste à donner son avis sur des sujets sur lesquels on n’a pas spécialement de compétence crédible ou démontrée ! 

Son étymologie est relative à la locution latine Sutor, ne supra crepidam signifiant littéralement « Cordonnier, pas plus haut que la chaussure », équivalente, en gros, à « chacun son métier, les vaches seront bien gardées », utilisée pour avertir l’interlocuteur d’éviter de porter un jugement qui dépasse sa compétence, et dont on trouve l’origine dans l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien [XXXV, 851 (Loeb IX, 323–325)], où Pline écrit que son cordonnier (sutor) s’était approché du peintre Apelle pour lui signaler une erreur dans la représentation d’une sandale (crepida, du grec krepis). Le peintre corrigea aussitôt son œuvre, mais, ainsi encouragé, le cordonnier se mit à faire d’autres remarques sur d’autres points de cette peinture qu’il considérait comme erronés, ce à quoi le peintre finit par lui répondre « Ne supra crepidam sutor iudicaret » (un cordonnier ne devrait pas donner son avis au-dessus de la chaussure). 

Or, d’un côté le gouvernement ne tient pas compte de l’avis de l’Académie de Médecine qui recommandait de ne pas ouvrir les écoles avant septembre, de l’autre il fait preuve d’un autoritarisme exacerbé concernant l’interdiction des plages, même dans les zones reconnues « vertes » comme la Bretagne ou les Antilles… Pourquoi ces contradictions ? Où sont les avis scientifiques portant sur la fermeture des plages, si la distanciation y est respectée ?

Face à ces contradictions, marronnons, cohérents, hors des incohérences et des aberrations !

Ibidem, c’est-à-dire au même endroit, forcément, en marronnage immobile à grands pas, 

47e jour de confinement, samedi 2 mai 2020

Pour un accès à la mer en Martinique dès le 11 mai ! (Avec quatorzaine obligatoire pour les arrivants de l’extérieur !) 

http://chng.it/BBmbpS9X

Mille vaguelettes de remerciements aux personnes qui signent et partagent la pétition

Références