Chronique du confinement – Dora Carpenter-Latiri : Dora Carpenter-Latiri : « Ici Londres ! »

Mars 2020. Après avoir annoncé que les Britanniques devaient se préparer à perdre des êtres…

Le 24 mars 2020

Mars 2020. Après avoir annoncé que les Britanniques devaient se préparer à perdre des êtres chers pour le bénéfice de l’immunité de groupe (le 12 mars), Boris s’est mis à nous la jouer façon Brexit : arrogance et flou populiste. La vague pandémique serait réglée en 12 semaines chez les British ! Pressé par un journaliste, le premier ministre admet toutefois qu’il est impossible de savoir combien de temps la crise va durer mais qu’elle prendra fin : (le 19 mars) « We don’t know how long this thing will go on for. But what I can say is that this is going to be finite. » Traduction littérale : « Nous ne savons pas combien de temps cette chose va durer. Mais ce que je peux dire c’est que cela aura une durée finie. » Nous voilà rassurés.

Les mesures de confinement recommandées par les autres pays affectés par le virus ont fini par se mettre en place plus clairement depuis vendredi 20 : les écoles, pubs, restaurants sont fermés. À Londres où mes enfants vivent, le métro n’assure plus qu’un service minimum pour permettre aux key workers – ceux dont le travail est indispensable à la société – de se déplacer. Le gouvernement a émis une liste de professions considérées essentielles dans le contexte de la lutte contre le virus et prévoit que les enfants des key workers continueront d’être scolarisés afin que les parents continuent d’exercer leur activité. Parmi les key workers et leurs secteurs de travail : les enseignants, les personnels soignants, les livreurs, les magasins d’alimentation, les supermarchés, les religieux, la police, les vétérinaires, les transports, la justice, la défense, les télécom…Dans les universités, les cours se font en ligne. Le formulaire jaune d’attestation de présence que les étudiants étrangers doivent faire signer chaque mois et sans lequel leur visa n’est pas renouvelé est à présent à compléter en ligne. Pour les supervisions de doctorants, les tutoriels se font sur Team une app que la fac met à notre disposition et que je viens d’installer sur l’IPad fourni aussi par la fac il y a quelques années parce que je suis à cheval entre deux départements l’un sur le campus de Falmer, l’autre à Brighton même. Abeer ma doctorante jordanienne et Sara ma doctorante algérienne ne savent pas jusqu’à quand elles resteront à Brighton. Elles ont été contactées par leurs consulats respectifs qui prévoient des vols pour les rapatriements de leurs ressortissants. Elles s’inquiètent pour leurs proches au pays. En Jordanie, depuis le 18 mars le pays a fermé ses frontières et l’armée veille à ce que les mesures de confinement soient appliquées strictement, Abeer ne comprend pas la désinvolture des autorités britanniques. L’Algérie a fermé toutes ses frontières à partir du 18 mars, Sara s’inquiète de la désinvolture des Algériens. En Tunisie, mon pays de naissance où je séjourne comme je peux virtuellement, couvre-feu la nuit et confinement demandé ; aujourd’hui 22 mars, l’île de Jerba est identifiée comme un foyer du virus.

Je suis chez moi, à Lewes, East Sussex où huit cas sont confirmés. Mon compagnon est vulnérable et j’applique depuis quelques temps déjà les consignes de rigueur. Je dois malgré tout sortir de la maison pour le conduire chez le médecin ou à l’hôpital pour des soins et c’est à ce moment-là que le risque de contamination se rappelle à nous.

Je jardine. Le cerisier planté pour le PEF il y a un an est en bourgeon. Parmi les herbes folles abondantes après les pluies diluviennes de Dennis la tempête, une première coccinelle et deux abeilles se dorent au soleil.

Namasté.

Pour le PEF, Dora Carpenter-Latiri